Pre-flashing.

L'anniversaire de l'abomination infâme, revécu au parc botanique.
Inhalation hébétée de parfums: laurier-rose? laurier commun?
Peu probable. Puisqu'ils ne sont pas ici-bas en cette saison, il n'y a
aucune floraison. Roulées en hibernation, empaquetées dans le poste
de pompage – la guérite –, ces plantes-là ne donnent désormais que des
échos d'odeurs. Échos qui s'activent selon deux courts cycles –
matinal et vespéral – quand leurs feuilles en lanières (motrices) se
réveillent et tirent une charge olfactive vers les rigoles, dans
le rainurage desquelles sont conduites les pailles d'irrigation.
L'entraînement aboutit aux micro-asperseurs. En inspectant les
rugosités des fossés, j'ai heurté une fougère de l'épaule. Bien sûr.
Osimmunda regalis – c'est la source. Le dévoilement se répercute en
bruits farouches de sciage. Ou de rasage. Les rondins poisseux de résine
sont partout. Disséminés près du sentier. Les acéphales numérotés.
Le parc fut touché par un ouragan. Il neigeait beaucoup. Cela a rompu
les échines d'autres arbres. En croulant, ils ont formé des estrades.
Inopinément, une nouvelle rafale forte de vent. Une maquette
de lion publicitaire (pour le zoo limitrophe) en carton se boursoufle,
son museau se désagrège, derrière lui se déploie une perspective
familière des images (profondeur illusoire, etc.): une nuée d'objets
ornithoïdes qui serpente, enserre une borne de guidage, collée à son axe.
Goélands argentés? Fantaisies sur la Bretagne. Pointe du Raz, on dira.
Mais pas. En se séparant de ses compagnons, s'amenuisant, en dépassant
la zone de conventionnalité, une mouette se convertit en demoiselle. Et puis
sa carcasse beurrée, à pleine vitesse, s'encastre dans la flaque huileuse qui
avait été basculée au préalable (par des charnières) en position verticale –
comme le miroir ardent d'Archimède, la chausse-trape. Une collision de deux
systèmes incompatibles – ce à quoi nos cœurs aspiraient tant – hélas, on a
négligé que, dans ce sport, gagne par défaut la partie aux médias universels
les mieux construits.

On m'a déplacé à l'extrémité opposée de la borne – en traversant les champs de
force spécifiques – jusqu'à l'aire déjà réservée au stockage des expériences
visuelles. La subjectivation de l'allée a éliminé des arbres; les rayons d'une vision
mécanisée les ont rayés, en les supplantant par des mâts lampadaires (chacun équipé
d'une antenne), alias colonnes d'affichage, dont la chair – qui résonne d'autant plus que
le lieu est situé à l'ouest – est couverte d'un tatouage dense; la haute culture des tags
qui marquent un accomplissement des procédés aux ciseaux et à l'aiguille. Ce lieu exact
est assez occidental. Ainsi, sa dernière configuration (marginée de verdure, illisible) fut
supprimée sans délai de la mémoire spatiale. Une borne béante – la cavité amniotique
qui s'est minéralisée (diaboliquement multifonctionnelle) – accouche du moyen le plus
économique pour essorer toutes les ressources d'un dispositif frais, en explorant mes
entrailles dans le but de les corréler avec le jeu imminent. Le bus-navette. Dans
la forme d'un camion – Saviem SM 280 TU – qui s'est cristallisée sous l'influence
du film sorti en 1977 que j'ai regardé voilà une semaine, avant le vol pour ici, en
faisant ma valise. La grand-mère – Duras – et son méchant héritier (inhumain).
Pour démarrer, le conducteur, l'étasunien rural (dans sa quarantaine) qui a souffert
de la précarité pendant tout un quart de sa vie – appelons-le J. – a pris une pilule de
LSD tonifiante, s'efforçant d'éclipser des apparitions les unes aux autres.
Épargnons-nous la dynamique de ce parcours avec ses plantages nauséabonds de roues
(effet stroboscopique); au final, seuls les repères comptent. Il ne m'échoyait que des
incohérentes bribes – mises en cache sur les auréoles flamboyantes des réverbères;
extrudées du plan vers le «terrain» en s'approchant des périphéries de ces couronnes –
qui avaient été arrachées aux scènettes qu'on improvisait là. Le plasma imprégné d'une
telle quantité d'énergie que la validité au moins relative de ma perception devient
inévitable. J'ai reconstruit les lacunes des sketches à ma propre guise. Tout a débuté par
la chienne errante qui a déboulé pile sur le trajet de J., dont la vigilance, chimiquement
inhibée, ne lui a pas permis de manœuvrer efficacement. J. a écrasé la chienne,
Cécilia Séquestia la Troisième, que les siens guettaient pourtant au foyer (!). Un
rite d'initiation. En proie à un violent désarroi, le chauffeur a raclé de l'ongle crasseux
son stock d'acide (pour les urgences) d'un carton. Aussitôt, une vignette lui sauta aux
yeux: la maisonnée canine, tapie dans une boîte à pizza (en carton) maculée de taches
graisseuses, près d'un conteneur à ordures, quelque part en banlieue d'Arizona. Les fils
– Joachim-Archimbald et Miles – scrutaient fébrilement les parages, gémissaient et
hurlaient. Leur père, le mari de la défunte, un golden retriever nommé «Loser»,
s'acharnait à apaiser sa progéniture. «Où est maman? Il y a anguille sous roche», dit le
premier chiot, flairant le malheur. «Cécilia doit rentrer», jura papa. «Maman est
morte», murmura son frère. Leurs membres se tordaient en défiant l'amplitude naturelle
des jointures – on les aurait crus marionnettes de Segundo de Chomón. C'était la
vengeance des cimes innocemment refoulées, l'influence souterraine des axes torsadés
(décalés). La médiatisation n'a pas préservé une fête funéraire. Pour juguler
l'impression d'un cauchemard sans issue, J. extrait d'un magot secret une bouteille de
vin italien bon marché et la vida d'un trait. Ce fut une décision funeste qui eut les
conséquences immédiates. Au réverbère suivant, deux vauriens lui avaient déjà tendu
une embuscade – nommés Giovanni et Mazzuti (d'origine japonaise), qui traînaient
dans un boulot saisonnier à la cave à vin aménagée au fond d'une grotte alpine, quelque
part en Lombardie... non, en Vénétie, près de Vérone. D'abord, l'affaire avançait plutôt
allégrement. Les garçons transvasaient ce vin bon marché des tonneaux vers une cuve
tampon, à l'aide de la remplisseuse, ils le filtraient et divisaient en bouteilles étiquetées,
introduisaient les palettes pleines dans la cabine du monte-plats et les envoyaient au
cellier, où leurs collègues prenaient le relais. Ensuite, les teintures et le maillage
des contours se mirent à pâlir. Giovanni brancha accidentellement les tuyaux d'une
remplisseuse au corps de Mazzuti, en engageant l'autre embout dans un connecteur qui,
chez lui, correspondait au nombril d'un homme normal; ils se sont soudés comme des
jumeaux siamois; la cave se mit alors à distiller non pas du vin mais du sang. Cela a
nettement compliqué la coordination. Notre duo ne réussit pas à dégager le fût
supérieur qui coiffait leur colonne (jadis, dans ces cas-là Mazzuti grimpait sur le dos de
Giovanni); les pylônes s'inclinèrent et s'entrechoquèrent; en plus des pailles d'irrigation
sanguine se laissa voir une armature translucide de fibre optique. Une avalanche se rua
dans la salle, se concluant – les brèches percées – par une inondation. J. ne dut son salut
qu'à une phase supplémentaire d'ivresse qui le détourna de l'ornière introspective; ses
pensées s'écoulèrent donc vers les secteurs abstraits d'érotisme. Le zapping. Au
réverbère suivant se pavanait une miniature animée de la littérature galante, toute
imbibée du flot libidinal que J. a vomi. Madame de Pompadour se prélassait sur le lit
conjugal, blottie contre l'amant, Étienne-François de Choiseul, le nez enfoui dans une
tabatière à son effigie. Sur la marquise, un soutien-gorge pêche avec – mystère – des
boutons en carton, comme chez cette fille dans Swank. Le réverbère s'agite en un
clignotement frénétique – surtension de l'alimentation. Louis XV débarque soudain (en
fracassant des portes) dans la chambre, un flogger au poing, fou de rage. Grimaces de
pixels défectueux. La marquise s'empare d'un candélabre sur la coiffeuse et, pour se
défendre, esquisse autour d'elle des figures paraboliques qui finissent par des figures
indescriptibles. Un baldaquin s'est embrasé. L'ampoule du lampadaire surchauffée a
claqué. À l'instar d'une commutation. Tous les sens du conducteur se sont dégradés.
Comme amorce destinée à exciter sa sentimentalité, on lui montra quelque aristocrate
misérable, pleurant faussement à un bureau en bois de noyer, tout en persistant (avec
fermeté) à inhaler les parfums de sa bien-aimée disparue, demeurés sur un billet
d'adieu. «Ennui!», aboya J. Les repères s'épuisaient. J. braqua le regard vers un horizon
rétréci. Nos regards se «rencontrèrent»; cela m'assomma, moi, bouche bée, la salive en
filaments. Je me précipitai, talonné par cette merde – le portail du parc pour cible. On
m'a flairé. La pression du «temps». N'importe quoi, pourvu de ne pas être intégré sans
couture au tour de force explicité. Ne pas être la source.

Je me suis affalé au bar d'un café «Archéoptéryx», archicomble d'indics – comme il
sied à la veille des grandes guerres. Les mêmes personnages rôdaient ici il y a un siècle,
avant l'annexion. Devrais-je me flinguer tout de suite? L'épuisement des archives.
Les choses rondes (pommes, perles, tournesols) étaient restées cachées dans les
ondulations du feuillage marin – toujours des volontaires hardis se levaient pour vous
picorer. Une fois soumises (à la quantification!), ils vous brandissaient au-dessus d'une
campagne, l'asymétrisant par le tassement de tout l'arrière-plan en gerbes. Pardonnez
la parabole. Cela n'existe plus. Les peintres (technologues) de cour modélisaient (par
contrat) la forme même des lieux – géodésie pratique. Cent ans plus tard (avec
la popularité croissante des fenêtres) plusieurs filous comme Cranach commençaient,
tête baissée, à réécrire de zéro tous les éléments naturels, les baignant dans une
blancheur laiteuse. Lueur diffuse, bourdonnement d'un rover lunaire, panneaux solaires,
feuilles motrices. Il fallut des cloisons solides. Ainsi naquirent les rochers. Le résultat
final ne distinguait plus aucune différence entre les mouettes picorant tranquillement
leurs excréments et les tristement célèbres libellules de la mort. Je n'ai jamais «élucidé»
quand ni comment, par quels mécanismes, le régime dominant de représentation du
terrain a été adapté aux médias numériques – études avortées; des dizaines d'heures
perdues au cinéma; un recueil édité par Martin Lefebvre. En revanche, j'ai acquis une
certaine expérience de résistance domestique. Abandonnant la grotte – en Bretagne,
on dira –, nous nous alignions en rangs, nous fondant dans son encadrement de pierre
sourde, qui a été au service de la composition – à notre avantage – et non des effets
directs; tandis que le cellophane de lumière, se tordant dans une gloutonnerie à
l'ouverture, nous traquait – nous lui avons livré quelqu'un en sacrifice – et en
récompense la pierre – dès lors sectionnée – nous a livrés au rivage.
Nous trottinions sur les galets, en chenille, en file indienne, en serpentins, confondus
avec les brise-lames, allongeant les falaises, détériorant l'attrait de la plage bâtie
d'hôtels. Les variations de ces hôtels segmentaient notre chemin et réclamaient un
sacrifice pour chaque segmentation. La mer laiteuse, de surcroît, mortifiait quiconque
apparaissait comme une forme individuelle. Sur ces entrefaites, s'annonçait la liturgie
du lavage, au cours de laquelle nous nous retrouvions à bavarder de bêtises – dans les
hébergements touristiques (bon marché), barbouillés de crème. Ce qui advint – je
ne m'en souviens plus. Je suis encore au café «Archéoptéryx». On m'a déplacé à
l'extrémité opposée de la tanière susdite; maintenant, une cloison me barre l'accès au
comptoir, en son centre est taillée une seule embrasure aveuglante. Avec moi, il y a
trois poupées de cire. J'ai soif. Je me hisse et avance vers le bar – avec son ressac
rugissant des indics qui valsent dans un va-et-vient imbécile – du côté de l'illumination
violette (une couleur inventée en Allemagne au XVIIIe siècle) qui se duplique avec une
voracité dans les verres. Ce qui adviendra – je m'en souviens parfaitement. Ledit petit
pays, dont le non-laurier-rose m'est inhalé, entamera à nouveau un virage conservateur.
Nouveau gouvernement autoritaire. Le chèque nominal. Allocution. Délocalisation.
Je suis encore au café «Archéoptéryx».

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